homoparentalité
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Association pour la protection de l'enfance 

Agnès AUSCHITZKA Psychologue Journaliste

 "Pourquoi, entend-on fréquemment, ne pas soulager la souffrance des homosexuels en mal d'enfants ? » Il ne saurait être question, en effet, de nier ce qu'éprouve le couple homosexuel, féminin ou masculin, du fait de son infertilité — souffrance commune à celle du couple hétérosexuel qui ne peut procréer —, ni encore moins de considérer la souffrance du premier comme le juste retour d'un mode de vie jugé, à tort ou à raison, immoral. La souffrance humaine n'est le prix d'aucune faute ni d'aucun mérite. Le couple homosexuel souffre, et sa peine demande à être reconnue et soulagée. 

Seulement, personne n'a le droit de se soulager de son fardeau aux dépens des autres, et encore moins sur le dos d'innocents et de faibles. La souffrance du couple infertile n'est donc pas une raison suffisante pour que le couple qui la subit obtienne le droit d'adopter ; elle ne l'est pas non plus pour un couple hétérosexuel ou pour un(e) célibataire candidat à l'adoption. Ce qui, d'ailleurs, leur vaut parfois de se voir refuser l'agrément des services de la DDASS.

Autre argument fallacieux qui s'entend, cette fois, dans le camp retranché de la peur, du mépris et de l'ignorance de l'homosexualité : l'amour qui lierait un homme ou une femme à son semblable serait impur, trouble, infécond, et par là-même impropre à rendre heureux celui qui le reçoit. Qui a vu ce dont un homme était capable pour son compagnon de vie, à l'heure où le virus du sida le mine et l'entraîne vers la mort, connaît la fausseté d'un tel jugement. La richesse de l'amour humain ne trouve pas sa vérité dans la sexualité elle-même, mais dans la relation à l'autre que celle-ci autorise. Cela est valable pour l'enfant impubère, l'adulte hétérosexuel ou homosexuel. Il est injuste de dire qu'un couple homosexuel est incapable d'aimer un enfant d'un amour sincère et généreux. Mais il est important de se demander si sa condition homosexuelle lui permet de l'aimer d'un amour structurant, c'est-à-dire à la fois paternel et maternel.

Comment, en effet, des parents de même sexe peuvent-ils assumer leurs fonctions de père et de mère, fondées, qu'on le veuille ou non, sur la différenciation et la complémentarité sexuelle ? C'est là, semble-t-il, que le bât blesse sévèrement. Car, à travers l'un et l'autre semblables, un enfant ne peut reconnaître l'homme et la femme qui lui ont transmis la vie. D'un côté il y a l'hétérosexualité, de l'autre l'homosexualité. La chaîne de la filiation de leur enfant est doublement rompue : dans la réalité du fait de son abandon, dans la symbolique du fait de l'homosexualité de ses parents adoptifs. C'est beaucoup pour le même enfant. Les difficultés que rencontrent les enfants adoptés par des couples hétérosexuels laissent à penser que c'est beaucoup trop.

Certes, à défaut de pouvoir, comme les autres couples, appuyer leurs fonctions paternelle et maternelle sur la différenciation sexuelle originelle, les couples homosexuels pourraient recourir à la symbolique du nom. Certains, on le sait, y songent. Ainsi, l'un se ferait appeler « papa » et l'autre « maman », à moins qu'ils ne féminisent ou masculinisent l'un ou l'autre prénom. 

Nous sommes là dans une situation surréaliste. Elle ne manquerait pas de jeter un trouble mortifère dans l'esprit de l'enfant, au moment où précisément il doit s'inscrire dans le réel. Sans compter que le problème ne serait pas résolu pour autant, car les fonctions paternelle et maternelle — qui, certes, reviennent d'abord aux parents, géniteurs ou adoptifs — s'exercent, ou devraient s'exercer, également hors du cercle familial. Que pourra ressentir l'enfant élevé par deux hommes ou deux femmes qui séjournera dans un foyer structuré par la différence sexuelle ? Peut-on mépriser à ce point la douleur de l'angoisse, le sentiment de honte et de culpabilité qui risquent de s'emparer de lui ? Ce serait indigne d'une société qui se doit de défendre ses membres les plus démunis.
Et, d'ailleurs, si la liberté de l'homme s'arrête là où commence celle de l'autre, on ne peut accorder aux uns une liberté qui empêcherait les autres d'accéder à la leur. On ne peut accorder au couple homosexuel un droit qui aurait pour effet de maintenir l'enfant enchaîné à son enfance blessée. Certes, l'homme n'est pas toujours en mesure de maîtriser l'orientation de ses pulsions, mais il est toujours responsable de « ne pas faire à l'autre ce qu'il ne voudrait pas qu'il lui fasse ». Et quand la tentation d'oublier cette règle d'or se fait pressante, la loi se doit de la rappeler.

Non convaincus, certains avanceront, en dernier ressort, que la situation de l'enfant adopté par un couple homosexuel n'est pas plus périlleuse que celle de l'enfant adopté par un célibataire. Avant de répondre à cet ultime argument, éliminons d'abord les cas où, derrière le célibataire candidat à l'adoption, se cache le partenaire d'un couple homosexuel. Ce n'est pas rare ; l'administration en est parfaitement consciente. Dès lors, peut-elle fermer les yeux sur une telle supercherie et s'en faire complice, quelle que soit la difficulté à débusquer le stratagème ? Le devenir d'un enfant compterait-il moins qu'un impôt volé à l'État ?

Revenons à l'adoption par un célibataire, soit une personne vivant seule. Cette situation est radicalement différente de celle de l'adoption par un couple homosexuel. Car, même si l'absence d'un parent adoptif est évidemment cruelle pour celui qui est déjà privé de ses parents de naissance, elle ne remet pas en cause la symbolique de la filiation. Filiation, rappelons-le, qui s'ancre dans la différenciation sexuelle. D'ailleurs, dans cette situation, de plus en plus rare, le parent manquant est toujours identifié par l'enfant comme appartenant à l'autre sexe, c'est-à-dire différent et complémentaire du parent présent. La situation de l'enfant adopté par une personne célibataire se rapproche davantage de celle des enfants que la mort ou la séparation prive de la présence d'un des parents. Dans un cas comme dans l'autre, si le parent survivant doit, dans la réalité, assurer la fonction laissée vacante par celui qui n'est plus là, c'est en son nom qu'il agit. La symbolique est maintenue, ce qui change tout. C'est pourquoi l'adoption d'un enfant par un célibataire ne peut être en soi considérée contraire à son intérêt ; elle doit être reconnue radicalement différente de l'adoption d'un enfant par un couple homosexuel. Cependant, à l'heure où les couples candidats à l'adoption ne manquent pas à l'appel, où des couples homosexuels empruntent indûment cette voie pour accueillir des enfants, où la fonction paternelle est tellement mise à mal dans notre société, l'adoption d'un enfant par un(e) célibataire paraît pour le moins contre-indiquée.

Plutôt que d'étendre le droit d'adoption aux couples homosexuels, les législateurs devraient faire évoluer la législation actuelle sur trois points : réserver le droit d'adoption aux seuls couples hétérosexuels ; favoriser l'accès des enfants à la connaissance de leurs origines ; soutenir davantage les adoptants dans leurs fonctions paternelle et maternelle, exigeant davantage, du fait de l'adoption."  

L'adoption au risque de l'homosexualité, revue Etudes n°391-3, septembre 1999

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