homoparentalité
http://www.protection-enfance.fr

Association pour la protection de l'enfance 

Ouest France.fr - Ne pas nuire à autrui ne suffit pas... - mardi 28 juillet 2009 - Jean-François Bouthors (*)

La France va réviser, l'an prochain, sa loi bioéthique, qui date de 2004. L'enjeu ? Des questions aussi délicates que les mères porteuses, l'assistance à la procréation, l'euthanasie, le clonage, l'homoparentalité, l'utilisation des cellules souches embryonnaires...

Un philosophe met les pieds dans le plat en réfutant avec brio les arguments généralement employés dans le débat : la défense des plus faibles, le caractère sacré de la vie et l'intégrité du corps humain, la protection de la dignité humaine... Pour Ruwen Ogien, qui vient de publier La Vie, la Mort, l'État (Grasset), une seule règle est défendable : ne pas nuire à autrui, en admettant que tout est possible à l'égard de soi-même ou entre personnes librement consentantes. C'est, dit-il, le fondement démocratique... Le reste, c'est faire le choix d'imposer à tous une morale particulière. Or, poursuit-il, l'État démocratique n'a pas plus de raisons fondées de défendre une éthique singulière que celle d'imposer une religion plutôt qu'une autre. Conclusion : l'euthanasie, les mères porteuses... le philosophe ne voit pas de bon argument pour s'y opposer.

Rares sont ceux qui se risquent à rompre des lances avec cet adepte du libéralisme radical. Au moment où la crise financière nous a montré les dégâts du laisser-faire économique, les théories de Ruwen Ogien en matière éthique semblent irrésistibles. C'est pour le moins étrange.

Ce philosophe opère un habile tour de passe-passe. Le libéralisme contemporain est né, en effet, quand les pères fondateurs des États-Unis ont compris que leurs compatriotes n'avaient ni religion ni même de système de valeurs communs. La démocratie américaine ne pouvait, dès lors, se construire que sur le principe de la confrontation tempérée des intérêts particuliers, en donnant à chaque citoyen une voix égale. Voter, c'était consentir à la conséquence du jeu électoral.

Ruwen Ogien passe de ce consentement politique essentiel, qui relie choix personnel et vie collective, à une conception selon laquelle l'individu est complètement déconnecté du social, du politique et de la communauté. Le consentement qu'il retient, c'est celui qui s'exerce alors dans la seule sphère privée, à l'égard de soi-même. Ce qui signifie, par exemple, qu'il n'est pas illégitime de tuer mon voisin s'il le demande expressément. Le philosophe fait comme si ce que nous choisissons pour nous-mêmes, y compris de nous détruire, n'avait pas de conséquences au-delà de la sphère privée. Le lien social devient un point aveugle. Il disparaît...

Ce que Ruwen Ogien théorise ainsi n'est pas une nouveauté, c'est précisément ce dont souffrent le plus nos sociétés : la perte de conscience du lien étroit, intense, quoique rarement perceptible immédiatement, entre ce que nous faisons dans notre vie « intime » et l'ensemble du collectif humain, d'abord proche, puis local, puis national et enfin planétaire.

Cette inconscience, nous en voyons pourtant, chaque jour, les effets ravageurs dans de multiples domaines, notamment dans celui de l'écologie. Aucun de nos choix - Freud l'a bien montré pour le psychisme - n'a d'effet strictement limité à notre seule personne.

C'est seulement sur cette base que nous pourrons, sur des questions aussi difficiles que les mères porteuses ou l'euthanasie, trouver des réponses qui ne sont pas seulement morales, mais politiques au sens le plus noble : celui de la construction de notre vivre ensemble, pour nous-mêmes et pour les générations à venir.


(*) Éditeur et écrivain.


En librairie

homoparentalité

Manifeste

homoparentalité

Articles FLASH


 Tous les articles

Revue du net


 Plus de revue

Ce qu'ils ont dit


 Plus de "on dit"